Tiken Jah Fakoly est né le à Odienné, dans le Nord-ouest de la Côte d'Ivoire. Bien qu'issu d'une famille de forgerons, il est le descendant d'un chef guerrier, Fakoly Koumba Fakoly Daaba. Tiken Jah Fakoly découvre la musique reggae et monte son premier groupe, Djelys, en 1987. Il se fait peu à peu connaître au niveau régional puis national avec ses concerts.
En 1998, il monte, pour la première fois, sur scène en Europe, à Paris. En 2003, il est invité par le festival Musiques Métisses à Angoulême, où il retourne en 2005.
En 2003, Tiken Jah Fakoly vit exilé au Mali, à la suite de menaces de mort[1],[2].
En 2004, Tiken Jah Fakoly se rapproche de Magyd Cherfi, fondateur du groupe toulousain Zebda, pour écrire ses textes. L'auteur engagé écrira une dizaine de textes pour le chanteur de raggae[3] jusqu'en 2010, dont Africain à Paris, Tonton d'America, Ouvrez les frontières (avec Soprano), Non à l'excision,Soldier (avec Akon) ou Où aller où. Les trois albums où il participera obtiendront trois disques d'or.
Lors d'un festival de rap à Dakar, au Sénégal, en décembre 2007, Tiken Jah Fakoly demande au Président Abdoulaye Wade de « quitter le pouvoir, s'il aime le Sénégal », il parle aussi du danger que court le pays. Tiken Jah Fakoly est déclaré persona non grata au Sénégal, à la suite de ses déclarations jugées « fracassantes, insolentes et discourtoises » par le gouvernement sénégalais. Un arrêté d'entrée et de sortie du territoire sénégalais a été pris par le ministre de l'Intérieur. Tiken Jah Fakoly quitte le pays, le lendemain[4]. Après deux ans et demi d'interdiction de séjour au Sénégal, il est reçu par le Président Wade (le ) qui l'invite à, de nouveau, séjourner et se produire sur le sol sénégalais. Sur invitation du Festival des arts nègres, il se produit à Dakar, en .
En 2010, sort l'album African Revolution. En raison des événements politiques en Côte d'Ivoire et en Tunisie, Tiken Jah Fakoly lance une semaine de solidarité à Paris, du 13 au .
Le , sort le documentaire Sababou réalisé par Samir Benchikh sur la Côte d'Ivoire auquel Tiken Jah Fakoly participe activement. Ce documentaire vise à promouvoir un visage positif de l'Afrique et plus particulièrement de la Côte d'Ivoire, en montrant l'action de personnalités comme Tiken Jah Fakoly pour l'amélioration des conditions de vie en Afrique de l'Ouest (engagement en faveur de la paix, de la démocratie, lutte contre la faim, promotion de l'éducation, etc.).
En , le chanteur ivoirien présente Racines, un album de reprises de standards du reggae dans lequel il réalise plusieurs duos avec U-Roy et Ken Boothe.
Le , Tiken Jah Fakoly se produit à Épinal pour un concert dont les bénéfices sont reversés pour la construction d'une école au Cameroun[5].
Son dixième album studio intitulé Le monde est chaud sort le . Le premier single à sortir, du même nom, est une nouvelle collaboration avec le chanteur Soprano.
2003 : Victoire de la musique pour l’album Françafrique, trophée du meilleur album reggae/ragga/world des Victoires de la Musique de la chanson française[8]
2004 : Chevalier de l’ordre des arts et des lettres[9]
Tiken Jah Fakoly joue une musique pour « éveiller les consciences ». Les paroles de ses chansons parlent de beaucoup d'injustices que subit la population de son pays d'origine, mais aussi et surtout le peuple africain dans son ensemble. Par « musique qui éveille les consciences », Tiken Jah Fakoly explique que les peuples qui vivent sous l'oppression sont des humains, au même titre que les autres, qu'ils ont les mêmes droits que tout être humain et qu'ils ont leurs cultures et leurs valeurs[18].
L'expression « blaguer tuer » signifie, selon l'auteur : « On nous blague veut dire qu'on fait comme si on nous aimait et pourtant d'un autre côté on nous massacre, on nous tue. Par exemple l'Armée française, venue soi-disant pour protéger la communauté internationale, est en Côte d'Ivoire simplement pour protéger les intérêts français »[20].
Le chanteur est aussi préoccupé par les régimes africains corrompus : dans la chanson Le balayeur balayé, il est fait référence au putsch militaire en Côte d’Ivoire du général Robert Guéï, qui déclarait : « Nous sommes venus balayer la maison ». Guéï fut chassé par des manifestations en 2000, après son refus de reconnaître la victoire électorale de son adversaire Laurent Gbagbo. Cependant, il s'est distancié de Gbagbo peu après. En résultent des menaces sérieuses, causes de son exil au Mali. L'année suivante, un ami comédien et militant de l’opposition est assassiné[21]. En 2006, Tiken Jah Fakoly ouvre un studio à Bamako, le H Camara, du nom de cet ami[22].
D'autres chansons comme On a tout compris évoquent aussi la corruption et l'exploitation de la population par les hommes politiques en Afrique.
Tiken Jah Fakoly a lancé en 2009 une campagne intitulée « Un concert une école »[23], campagne entièrement conceptualisée et mise en œuvre par Afrikakom au Mali. Il a déjà financé la construction d’une école dans le village de Touroni, situé à 30 km d’Odienné dans sa région natale et également un collège à Dianké au Mali (proche de Tombouctou). Tout ceci, en partenariat avec des institutions ou associations. Au cours de l’année, le chanteur a donné des concerts dans différentes capitales africaines en prônant 'L'éducation c'est la lumière' au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et Guinée. Les concerts ont été accompagnés par une très vaste campagne de communication en faveur de l'éducation, diffusée sur Africable, TV5, Canal+, RFI, Radio Nostalgie, les télévisions et radios locales partenaires[24]. Considérant que « l’école est la base du développement surtout pour les jeunes filles », il préconise de « donner les mêmes chances à tout le monde, à tous les enfants »[25].
Engagement pour la promotion des figures de l'histoire africaine
Tiken Jah Fakoly a, tout le long de sa carrière, fait référence à l'Histoire comme modèle pour la jeunesse africaine. Ses opus Le Descendant, Alou MAyé ou encore Soundjata glorifient ces époques de l'Histoire africaine.
En 2015, Tiken Jah Fakoly initie, en tant que commissaire général, la première édition du Festival Historique du Manding. À Siby, à 40 km de Bamako au Mali, du 22 au , le chanteur propose un festival au contenu inédit : conférences historiques, théâtre, exposants, concerts géants. La première édition est un succès[26]. L'artiste martèle que l'Histoire de l'Afrique ne se limite pas à l'esclavage et à la colonisation et propose une tribune d'expression populaire à de grands intellectuels[27] qui se joignent à l'organisation de l'évènement. Ce festival est également l'occasion de rappeler à tous les valeurs sociales africaines[28].
Le leitmotiv de Tiken Jah Fakoly est : « Tant que l'Histoire sera racontée par les chasseurs, la version du lion ne sera jamais connue »[29].
Depuis 2012, il organise chaque année à Odienné en Côte d'Ivoire le « Festikabadougou »[30]. Durant l'édition 2015, face à un public de 30 000 personnes, il recommande « Mettons nos enfants à l'école parce que l'école éveille les consciences »[31].
KOFFI Brou Dieudonné, Tiken Jah Fakoly, les enjeux des coups de gueule, Abidjan, éditions Balafons, 2014, 143p.
KOFFI Brou Dieudonné, "L'argent et la critique de la politique en Côte d'Ivoire. Considération de la musique de Tiken Jah Fakoly" in Dezan, Revue scientifique de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de l'Université d'Abomey-Calavi, Bénin, 2015, (ISSN1840-717X), p. 221-236.
KOFFI Brou Dieudonné, "La réconciliation, la mémoire et l'oubli: quelle articulation au regard de Tiken Jah Fakoly?" in Baobab, Revue des Sciences de l'imaginaire, arts, lettres et sciences humaines des Universités Félix Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara, Côte d'Ivoire, 2016, (ISSN1996-1898), p. 86-96.
KOFFI Brou Dieudonné, « Tiken Jah Fakoly et la critique de la politique postcoloniale en Afrique » in Postcolonie, postcolonialisme et études postcoloniales : Bilan et perspectives pluridisciplinaires (Dir. Dili Palaï Clément), Bayeux (France), Panafrika/ Silex/ Nouvelles du Sud, 2017, p. 88-101.
KOFFI Brou Dieudonné, Tiken Jah Fakoly, le reggae et la femme africaine, Editions universitaires européennes, Saarbrücken (Allemagne), 2017, 108p.
KOFFI Brou Dieudonné, "Tiken Jah Fakoly: quelle contribution pour la consolidation de la cohésion sociale en situation de post-transition en Afrique?" in La restauration de l'État de droit en période de post-transition politique en Afrique" (Dir. Issa Diallo), Ouagadougou, PUO, 2017, p. 73-92.
KOFFI Brou Dieudonné, "La coopération Afrique-Occident au crible de la discographie de Tiken Jah Fakoly" in Le paradigme 'Afrique-Occident'(Dir. N'guessan Kouadio Germain), Abidjan, Inidaf, 2017, p. 378-393.
KOFFI Brou Dieudonné (Dir.), Tiken Jah Fakoly, quand le reggae s’arrime à la pensée, Tome 1- La pensée universitaire, Paris, L’Harmattan, 2018, 210p.
KOFFI Brou Dieudonné (Dir.), Tiken Jah Fakoly, quand le reggae s’arrime à la pensée, Tome 2- Penser et panser l'Afrique, Paris, L’Harmattan, 2018, 162p.
KOFFI Brou Dieudonné, « Reggae et expression de l’identité africaine : une exploration de la musique de Tiken Jah Fakoly » in Les identités : le concept, ses manifestations, ses évolutions (Dir. Prof. Ibrahim Muhammed Saadaoui, Tunis, Tunisian World Center for SRD, 2018, p. 215–233.
KOFFI Brou Dieudonné (Dir.), L’Afrique postcoloniale dans le reggae africain (Préface de Tiken Jah Fakoly), Sarrebrück (Allemagne), Éditions universitaires européennes, 2018, 130p.
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Interrogé par Mathilde Serrell et Martin Quenehen dans l'émission Ping Pong sur France Culture le 29 septembre 2015, Tiken Jah Fakoly déclare : « En 2002 je suis parti en exil parce que j'ai été averti, il paraît qu'un escadron de la mort avait une liste de personnes à tuer, dont je faisais partie. Donc je n'ai pas plaisanté avec ça. J'ai un ami qui était comédien qui s'appelait H Camara qui était sur la liste et qui a refusé de partir. Il a dit « Je ne me reproche rien, je reste là. ». Et il a été arrêté un soir en 2003, après avoir dîné avec sa famille, et le lendemain on a trouvé son corps dans les rues d'Abidjan. Je suis parti au Mali, parce que simplement, mon message dérangeait ceux qui étaient au pouvoir. » (à 45:20). L'assassinat est rapporté dans les articles de
Vincent Hugeux, « Les tueurs de l'ombre », L'Express, (lire en ligne, consulté le ), de
Virginie Gomez, « Mieux vaut mourir en martyr que vivre en hypocrite », Libération, (lire en ligne, consulté le ), et de
Thomas Hofnung, « L'ombre de Gbagbo sur les escadrons de la mort », Libération, (lire en ligne, consulté le ).
↑Francis Dordor, « Tiken Jah Fakoly, la musique au service de la démocratie », Les Inrocks, (lire en ligne, consulté le ).
↑Kassim traoré, Tiken Jah Fakoly à l’inauguration de l’école de Touroni : « Il faut donner les mêmes chances à tous les enfants », Bamako Hebdo, 21 mars 2009
↑« CULTURE », sur FratMat, FratMat, (consulté le ).